Interview avec Dan Wood, concepteur de Watson
Note de l’auteur : Cette interview avec Dan Wood, concepteur en chef de Watson, est le premier article d’une nouvelle série que nous appellerons “Développer pour Mac OS X”. Dans cette nouvelle série nous traiterons des tenants et des aboutissants de la manière d’amener de façon réussie vos idées sur le marché, aussi bien d’un point de vue technique que commercial.
Il est bon de commencer cet effort en publiant une conversation avec Dan Wood, qui a acquis un certain respect à la fois auprès des utilisateurs et auprès des développeurs Mac en ayant amener Watson jusqu’à nos ordinateurs, et ensuite en ayant continuer à innover alors que la compétition se durcissait.
Derrick Story : Bonjour Dan. Merci d’avoir pris le temps de venir nous voir ici, moi et mon audience, au Mac DevCenter. J’ai remarqué sur le site Karelia que Watson 1.5.5 est disponible au téléchargement, et qu’ il a de nouvelles caratéristiques impressionnantes. Mais avant de passer à Watson en lui-même, j’aimerais en savoir un peu plus sur Karelia et votre rôle dans la compagnie.
Commençons avec Karelia. La page de présentation dit que c’est une région en Finlande et en Russie, et que le nom de la compagnie est inspiré de la Suite Karelia, une composition classique de Jean Sibelius. Pouvez vous nous racontez comment c’est devenu le nom d’une compagnie de logiciels Mac ?
Dan Wood : Et bien, nous avons engagé un conseiller en appellation très cher, qui nous a convaincu que la nouvelle tendance en appellation de compagnie de logiciel était le genre musique classique. Sérieusement, c’était un nom de domaine que j’avais choisi pour mon utilisation personnelle il y a quelques années. Quand j’ai cherché un nom de compagnie, j’ai décidé de transformer ce nom de domaine en nom de compagnie, plutôt que d’avoir à trouver un nom de domaine raisonnable dans l’espace surchargé des noms actuels.
DS : Et quel est votre rôle dans la compagnie maintenant ?
DW : Je suis encore le concepteur en chef de Watson, et je programme encore dessus, même si j’ai amené un autre programmeur Cocoa talentueux pour travailler sur nos derniers plug-ins. J’en emploie d’autres qui s’occupent des autres parties comme le design des icônes et le marketing sur notre site Web. Je suis en train d’élaborer un nouveau produit que j’espère rendre disponible tôt l’année prochaine. Dernièrement, j’ai passé pas mal de temps à discuter avec d’autres compagnies de partenariats qui nous aideront à faire passer Watson à des niveaux nouveaux. Oh, et je trouve aussi le temps d’écrire des articles techniques pour le magazine MacTech.
DS : Parlez nous un peu de l’inspiration pour Watson, et comment vous continuer à rassembler l’énergie pour rester au coude à coude avec Sherlock ?
DW : Vers la fin de l’année dernière, je cherchais des idées de programme à écrire en Cocoa. J’ai été inspiré par un des discours à la conférence des développeurs Apple qui portait sur “l’intégration importante d’Internet”. J’étais tombé sur des petits utilitaires qui faisaient du “raclement” web (extrayant et reformatant des données utiles de pages HTML) comme surveiller des enchères sur eBay et récupérer les grands titres de SlashDot.org. J’ai décidé que le monde avait besoin d’une application globale pratique pour ces types d’utilitaires, et de là les idées d’outils individuels ont commencé à arriver de tous les côtés. Au milieu de tout ça, je me suis rendu compte que ce type de programme était au service ce que Sherlock était à la recherche. J’ai donc choisi le nom Watson pour compléter Sherlock et pour aider les gens à comprendre ce en quoi consistait le programme.
DS : Elémentaire… et brillant !
DW : Pour ce qui est d’être comparé avec Sherlock 3, et bien, au début il semblait que je n’avais plus qu’à mettre Watson en mode maintenance et accélérer le projet suivant. Mais quelques semaines avant que Jaguar ne soit disponible, quand les développeurs Apple ont pu faire l’expérience de Sherlock 3 par eux-mêmes, nous avons commencé à recevoir un nombre incalculable d’emails d’utilisateurs nous demandant de ne pas abandonner Watson parce qu’il est tellement plus rapide que Sherlock et qu’il a tellement plus de fonctions. J’ai donc décidé d’insuffler une vie nouvelle dans Watson. Je me suis dit que, comme Sherlock était entré dans le jeu des services, pas seulement en général, mais à peu près pour tous les services spécifiques que Watson fournissait, il était sensé de rajouter de la même façon des capacités de recherche général Internet à Watson. D’où le nouvel outil de recherche Google. C’est donc vraiment la communauté d’utilisateurs qui m’a donné l’énergie !
DS : Quelles sont les caractéristiques de Watson qui vous excitent le plus ?
DW : Et bien, j’ai longtemps été fan des bonnes interfaces utilisateur, c’est la raison pour laquelle je me suis accroché au Mac au cours des époques difficiles. Et j’adore ce que le Web a fait pour changer la vie des gens, mais je déteste son interface non standardisée et minimaliste. Dans un sens, le Web est un bon gros “terminal débile” avec polices et graphiques. En utilisant le Web, j’aspire aux comportements subtils des interfaces et aux contrôles consistants qu’on a dans une vraie application de bureau, comme l’activation et la désactivation des boutons quand c’est approprié de les utiliser, des listes défilantes, des affichages s’ajustant de façon dynamique, des choses de cet accabit. Pour moi, Watson est une façon de ramener la grande expérience utilisateur que le Mac a parfait. J’ai encore des frissons quand je me ballade sur un site en utilisant le navigateur de colonnes de Watson, ce qui autrement requérerait page après page après page sur mon navigateur.
DS : Et bien, je ne voudrais pas en rajouter, mais j’ai entendu beaucoup de développeurs se plaindre de l’expérience Web, mais je doit dire que l’interface de Watson laisse vraiment le navigateur dans la poussière pour certaines activités en ligne. En grande partie, je pense que beaucoup de gens seront d’accord avec moi pour dire que vous avez fixé un nouveau standard.
DS : Ceci étant dit, j’aimerais maintenant changer de vitesse et passer la seconde. Nous connaissons tous l’agitation provoquée quand le fait que Sherlock 3 soit sorti juste après qu’Apple ait attribué à Watson le prix du “Produit Mac OS X le plus innovant” pour 2002. Beaucoup de gens ont ressenti, moi y compris, qu’Apple aurait du mieux gérer la situation. Mais ils ne l’ont pas fait, et Sherlock 3 semble vraiment avoir emprunté une grosse partie de Watson sans aucun accord formel.
DS : Ma question pour vous est, en se basant sur votre expérience, quelles suggestions pouvez vous faire à Apple en termes de relations avec les développeurs ?
DW : Bonne question. Je pense qu’Apple a beaucoup de chemin à faire en termes de relations avec les développeurs. Apple a aidé des compagnies à se construire, mais ils ont fait beaucoup de mal à d’autres. A partir d’histoires que j’ai entendues d’autres développeurs, le problème Sherlock/Watson est juste la partie émergée de l’iceberg. Je respecte le désir de faire du Mac l’outil le plus utile qui puisse être, pour gagner des convertis venant du côté Windows, mais à l’inverse, Apple semble grignoter sa propre communauté de développeurs. Peut être faudrait il un meilleur accord sur le fait que les protagonistes communiquent pour éviter ces situations. Apple devrait penser que tout le monde doit être gagnant en terme de relations avec les développeurs–aidant les compagnies à construire des bons logiciels pour qu’Apple, et ces compagnies réussissent– mais la réalité semble être “Nous vous fournirons de l’aide pour faire un produit, mais nous pourrions juste fondre votre idée dans notre OS ou notre prochaine iApp”.
DS : Apparemment, Apple a besoin de développeurs indépendants pour être productif et créatif de façon à faire avancer la plateforme. Mon expérience personnelle au niveau de l’ADC (Apple Developer Connection), est que ces gens ont beaucoup de respect pour les indépendants. Comment pensez vous que ce respect puisse être mieux traduit en soutien ?
DW : Et bien, c’est évident pour nous, mais je me demande si c’est vraiment évident pour la direction d’Apple. J’ai eu des expériences merveilleuses individuellement avec quelques personnes de l’ADC, mais leur direction semble déloyale, poussant les intérêts anti-développeurs d’Apple plutôt qu’essayer vraiment d’aider les développeurs. Apple pourrait faire ça pour vraiment construire une économie saine des développeurs Mac et pour avoir une promotion mutuelle des produits, mais ils ne semblent pousser que les produits des grosses compagnies dont ils ont besoin pour que le Mac survive, comme Microsoft ou Adobe. Imaginez juste qu’Apple prenne le million de dollars qu’ils ont dépensé pour un escalier fantaisiste de leur magasin de Manhattan, et qu’à la place, ils l’investissent dans leur communauté de développeurs pour aider de petites compagnies avec des idées nouvelles à décoller ? Ou promouvoir lourdement des applications venant d’une tierce personne au lieu d’écrire des nouvelles applications les remplaçant ?
DS : En parlant de développeurs et d’écriture de logiciel, parlons pour un moment de ce qui se passe autour de Watson. Tel que je le comprend, Watson a une architecture ouverte. Est-ce correct, et si oui, pouvez vous en dire quelques mots ?
DW : C’est correct, nous publions une API à http://www.karelia.com/developer/watson/ qui décrit le protocole qu’un outil Watson doit suivre, et la grosse boite à outil qui vient avec Watson et qui permet aux outils de facilement charger et analyser des pages web ou des streams XML. Nous fournissons des entêtes, de la documentation de classe, et des exemples de code Cocoa. Nous avons aussi une liste email pour la communauté de développeurs qui compte plus de 150 membres, ainsi les gens peuvent échanger des idées et s’aider.
DS : Est ce que cela veut dire qu’il y a des opportunités pour des développeurs d’écrire des plug-ins pour Watson ?
DW : Absolument ! Beaucoup l’ont fait d’ailleurs. Certaines personnes écrivent des outils maison qui ne sont pas pour le grand public, mais nous avons une poignée de programmeurs qui ont rendu disponible des rajouts que je n’aurais pas pu concevoir. Un type, Sujal Shaw, est un grand fan de sport, et il a contribué avec un outil stupéfiant pour montrer les résultats de baseball et les stats. Et maintenant, il travaille à un outil de football américain similaire qui est presque prêt à sortir. Terrence Talbot a écrit un outil pour les recettes qui fait honte à notre outil de Recettes intégré ! Il y en a quelques autres qui sont tout près de sortir, dont un très bon outil de recherche généalogique.
DW : Je pense qu’il est très important de faire en sorte qu’une application soit un complément. Pour ceux qui sont curieux, nous avons actuellement un comparatif en ligne–un tout petit peu biaisé, bien sûr–entre l’architecture de Watson et celle de Sherlock 3, qui a été documentée online pendant moins d’une semaine. Etre capable de créer facilement une façade à un service internet représente beaucoup de boulot, et l’architecture de Watson devrait le rendre aussi facile que possible, du fait que notre boîte à outil évolue depuis un bout de temps.
DS : Comme vous avez mentionné des comparaisons, comment se porte Watson maintenant que Sherlock 3 est sorti et utilisé ?
DW : Les ventes ont chuté quand Apple a montré Sherlock 3 pour la première fois en mai, et elles ont encore chuté significativement pendant la durée de MacWorld Expo New York, quand Steve Jobs a montré Jaguar. Toutefois, les ventes sont de nouveau bonnes depuis notre dernière sortie maintenant que nous avons pris Sherlock 3 sur la tête. Le jury est toujours en attente sur la durée, mais je pense que nous sommes de retour pour être de nouveau un succès. Mince, peut être que Sherlock 3 va inspirer plus de gens que jamais à acheter Watson du fait que plus d’utilisateurs goûtent au concept mais espèrent une alternative plus rapide et plus puissante.
DS : Pensez vous que Watson va aider à changer notre idée du Web ? Nous sommes encore très centrés sur le navigateur dans notre façon de penser. Watson représente un changement qui éloigne des navigateurs. Plus comme un truc de services Web. Quel est votre avis sur la question ?
DW : Je reçois beaucoup de commentaires d’utilisateurs auxquels Watson a ouvert les yeux sur le fait qu’Internet n’a pas à être seulement un navigateur Web. Il est très facile pour les gens de s’habituer à un paradigme et y rester coincé. Il y a un an, il n’y avait rien comparable à Watson pour accéder rapidement aux services les plus utiles. Et maintenant, nous commençons à voir quelques autres applications qui brisent les frontières du navigateur Web et utilisent Internet de manières complètement différentes. Prenez Spring de UserCreations. Cela place un canevas d’icônes interconnectées représentant des objets du monde réel, comme des gens, des livres, des endroits, et de la nourriture sur votre bureau, et chaque objet est connecté au net. NetNewsWire de Ranchero récupère des informations et les présente dans une interface utilisateur simple. WeatherPop de Glucose met un afficheur météo rapide sur votre barre de menu. Je ne pense pas que le Web tel qu’il est vu à travers votre navigateur disparaitra prochainement, mais les gens commencent à réaliser que ce n’est peut être pas la meilleur façon de voir de l’information structurée
DS : Y-a-t-il autre chose dont vous voudriez parler aujourd’hui ?
DW : Et bien, comme les lecteurs de tout ça seront en majorité des développeurs, je suppose que j’ai quelque chose à dire à cette communauté : allez-y ! Il est réellement possible de faire en sorte qu’un nouveau produit soit construit et vendu avec des dépenses minimales de temps et d’argent. Bien sûr, il vous faut une bonne idée, et vous devez travailler dur, mais il est possible de gagner sa vie et construire une compagnie de logiciel à succès, même dans l’économie d’aujourd’hui, même en se déployant sur un système d’exploitation “minoritaire” comme le Mac, même juste Mac OS X. La nouvelle génération d’applications innovantes comme celles que j’ai mentionnées ne vient pas des Adobe et des Microsoft, elle vient des cœurs et des âmes de petites compagnies avec moins de 5 ou 10 personnes.
DS : Dan, merci pour votre temps, je suis transporté par le succès que vous et votre équipe avez eu jusqu’à maintenant, et je vous souhaite le meilleur pour le futur.

Textes originaux en anglais sur O’Reilly : http://www.oreillynet.com/pub/ct/59
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